Tea Time Talk

À nous.

(TW : harcèlement, viol)

À toi, ce mardi sept mai, qui m’as suivie jusqu’à mon arrêt de bus.

À moi, qui me sentais jolie pour une fois.

À toi, qui as cru que c’était peut-être une invitation.

À moi, qui ai fait l’erreur d’établir un contact visuel car ta présence sur le trottoir ne me semblait pas innocente. À moi, qui avais malheureusement raison.

À toi, qui pourrais être mon père. Qui n’as cessé de tenter de me parler malgré mes demandes de distance.

À moi, dont le corps et l’esprit se figent alors.

À toi, qui t’octroies le droit de m’agripper par la veste, qui me bloques pour m’embrasser de force.

À vous, madame, qui accourrez pour le faire fuir et m’accompagnez jusqu’à ma destination. Merci.

À nous, qui ne connaissons que trop bien ces violences. Pour qui ce type d’agissement est presque quotidien, devient banal, redoutablement banal.

À toi et à tous les autres humains pour qui les notions de consentement sont floues, pour qui les femmes ne sont que des choses dont tu peux disposer, que tu peux posséder, comme tu le souhaites : je te lève bien haut mon majeur.


Pas un seul jour ne passe sans qu’au moins un homme estime qu’il a besoin de valider mon physique dans l’espace public. Rien de bien méchant. Cela devrait être flatteur, pas vrai?

Je ne marche pas dans la rue pour qu’une personne, deux, trois ou plus, ne s’imaginent que j’ai besoin d’entendre que je suis jolie. Je n’existe pas pour être jolie. J’existe pour être une personne qui n’a pas besoin d’être réduite à un physique. Un physique qui te donnerait le droit de ne pas me respecter.

J’entends bien que certains compliments sont faits en toute innocence. Mais comment me blâmer de ne même plus avoir envie de les entendre quand les cinq précédents se sont soldés par d’énièmes injures lorsque « la jolie fille » refuse d’aller boire un verre? Ou pire…

Et si ça s’arrêtait à cela.

Lorsque je me balade seule le soir pour rentrer chez moi, dans mon petit village, en sortant du bus, il n’est signalé nulle part que je demande à me faire agresser. Nulle part que j’attends avec impatience que ce groupe de cinq ou six hommes viennent me tirer par le sac à dos pour « me faire passer un sale quart d’heure », n’est-ce pas?

Être en couple n’implique pas que la notion de consentement est constamment d’application. Ce n’est pas à coups de remarques culpabilisantes qui font céder que cela rend cet acte plus tolérable, plus acceptable. M’endormir lors d’un rendez-vous Netflix & Chill n’est pas une invitation. Le mouvement #metoo à fait déferler toute une quantité de témoignages, ceci est le mien.

Je ne suis qu’une victime survivante parmi tant d’autres, trop d’autres.

43% de femmes affirment avoir subi des caresses ou des attouchements sexuels sans consentement et 12% déclarent avoir été victimes de viol au cours de leur vie. Puis encore d’autres chiffres affolants.

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– statistiques révélées par franceinfo en 2018, basées sur le nombre de femmes interrogées dans le cadre d’une étude réalisée par l’institut Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès sur les violences sexuelles, tu peux cliquer sur l’image pour accéder à l’article en question.

Sans oublier, le harcèlement sur le lieu de travail, les violences gynécologiques, et j’en passe et des meilleures. Et tu sais ce qui est sympa aussi? C’est que je n’ai abordé que la problématique des violences sexistes et sexuelles envers les femmes. Je sais, nous savons que les hommes abusés, violés, existent mais avant de m’incendier en commentaires de ne pas les avoir inclus plus que ça laisse-moi te rappeler gentiment que les femmes commencent à peine à se libérer, à faire entendre leur voix, pourquoi vouloir encore une fois les réduire au silence en minimisant leur colère et la faisant passer pour invalide? Notre colère est légitime, venir dicter à une victime – je le rappelle pour ceux qui n’auraient pas entendu au fond – quelle devrait être la meilleure conduite à adopter pour faire entendre au mieux son message est carrément inapproprié. Nous réagissons à une violence systémique, internationale, et nous réagirons par les moyens que nous estimerons nécessaires. Chaque homme n’est pas un potentiel violeur, de même que chaque femme n’aura jamais vécu ce que je dénonce ici. Et tant mieux. Mais comment suis-je censée me sentir lorsque je réalise que je connais au moins une personne harcelée/violée/abusée dans mon entourage lorsque nous ne soupçonnons aucun violeur? Comment ces phénomènes pourtant si omniprésents demeurent encore si invisibles voire niés?

Le combat n’est pas terminé, mais nous ne sommes plus des victimes silencieuses, nous sommes des survivantes.

J’ajouterai également ceci si tu es concerné•e : tu n’as rien fait de mal, ce n’est pas ta faute tu m’entends ? Ce n’est pas ta faute.

Je suis quelqu’un, tu es quelqu’un, nous sommes des personnes.

Et nous levons bien haut notre majeur.

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14 réflexions au sujet de “À nous.”

  1. C’est fou comme les mentalités des crétins n’évoluent pas vite… Mais bon j’ai espoir que ça finisse par évoluer, ici à Montréal je me sens beaucoup plus safe qu’en France en tant que femme dans l’espace public (Et aussi en temps que personne queer, c’est dire !) j’espère que ça va avancer enfin en Europe… je ne sais pas si tu connais le chanteur Yungblud ? il a fait un morceau sur le sujet qui s’appelle Polygraph eyes, je trouve ça vraiment bien que ce soit un homme qui ai écrit un tel morceau 💜 En attendant merci pour ton témoignage, c’est toujours fort et important de rendre visible ce qui est invisibilisé

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