Album/BD, Non classé

│J’AI LU│Les crocodiles sont toujours là

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Malgré des avancées grâce au mouvement #metoo, le Projet Crocodiles est toujours utile aujourd’hui pour combattre toutes les formes de sexisme !
Le Projet Crocodiles naît sur Internet en même temps que le site Paye Ta Shnek et bien avant le mouvement #metoo. Des témoignages de femmes victimes de harcèlement de rue et de sexisme y sont transposés en bande dessinée avec une originalité : les hommes sont représentés sous la forme de crocodiles. Juliette Boutant rejoint Thomas Mathieu et, ensemble, ils rendent compte d’actes sexistes qui se déroulent aussi ailleurs que dans la rue : les violences gynécologiques et obstétricales, le sexisme dans les rapports avec la police, en milieu professionnel, dans la sexualité, la vie publique ou encore l’éducation.

Alors cet album je l’attendais avec tellement d’impatience… Je n’ai jamais pu lire le premier en fait. Juste des planches qui se retrouvaient ici et là sur un site ou l’autre qui traitait du harcèlement de rue. Je pense que les dessins sont assez célèbres, tu en as probablement déjà vu passer à un moment donné.

Parce que c’est un sujet encore bien trop d’actualité, un deuxième album était nécessaire, à mon sens. D’entrée de jeu, ils disent bien que l’album peut s’avérer dur à lire. Ils proposent également aux personnes n’ayant pas subi de violences sexistes/sexuelles de débuter leur lecture dans une optique qui se veut empathique. Encore une fois, il ne s’agit pas de dire que tous les bons monsieurs sont des méchants crocodiles, on a compris, on le sait. Par contre, il s’agit bien de montrer que 100% des femmes subissent des violences ou discriminations liées à leur sexe. C’est une réalité, c’est un fait. Notre monde est encore majoritairement vu à travers un prisme masculin, le patriarcat c’est ça le problème. C’est une déconstruction longue à faire mais absolument nécessaire

Cet album parle autant du harcèlement de rue, des violences sexuelles et du viol mais aussi de l’accueil réservé aux victimes et par extension de la problématique du dépôt de plainte. Il couvre aussi les violences commises à l’égard de la communauté LGBTQ+ et enfin les violences dites obstétricales/gynécologiques.

Il a quelques semaines j’ai à nouveau été harcelée en rue. Ça faisait un moment, je me sentais à nouveau à peu près sereine dans ma ville. Puis en l’espace de deux aller-retours de ma fac à mon arrêt de bus, j’ai eu droit au défilés des gros relous du quartier. C’est usant, usant d’être dans l’espace public, usant de devoir réfléchir à la meilleure tactique pour ne pas se faire cogner ou pire lorsqu’on se fait aborder dans la rue et qu’on souhaite juste être tranquille. T’as beau faire tourner dans ta tête des discours tels que « faut pas laisser la peur te gagner, tu vas pas passer ta vie à stresser » ou « bats-les-ovaires j’suis une bad-ass, au bucher le patriarcat ».. beh, dans les faits, tu sais que d’une situation de drague banale tout peut très vite escalader… Alors oui, à nouveau, tu as peur. Peur car tu sais que c’est justifié, que tout un tas de trucs vraiment moches nous arrivent vraiment trop souvent. Et mon discours ne se veut pas juste inutilement alarmiste. Non, je rêve réellement du jour où je ne trouverai plus usant de me balader seule, de me trouver dehors, de me trouver jolie, de ne pas devoir élaborer des stratégies pour pouvoir éviter des catastrophes.

Les crocodiles sont toujours là sont des témoignages de détresse, mais aussi parfois des témoignages de bienveillance, de support et de compréhension. Se montrer défaitiste face à des violences systémiques de cette ampleur, c’est un peu naturel, je pense. J’essaie de me montrer optimiste quand on me vend du rêve à me parler de certains endroits plus safe que d’autres, de policiers bien formés ainsi que tout autre corps de métiers bienveillants. Ça fait du bien, et l’album en parle également.

L’accumulation récente des témoignages de tout horizon tend à faire de plus en plus peur : à juste titre, c’est une émotion plus que légitime. Ce que ces réalités démontrent c’est bien l’urgence de faire quelque chose… Y a un manque d’implication de la part du gouvernement de part son inaction dans cette lutte, un problème d’éducation qu’on répète sans cesse ainsi qu’un gros souci au niveau de la justice.

J’en ai déjà parlé dans cet article : c’est fini le silence, aussi longtemps que ces violences resteront occultées, nous continuerons à les crier. Merci à Casterman, Juliette Boutant et Thomas Mathieu de les faire entendre aussi.

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10 réflexions au sujet de “│J’AI LU│Les crocodiles sont toujours là”

  1. Comme toi, j’ai vu passer des planches du premier album sans jamais avoir l’occasion de le lire… En tout cas ce second ouvrage semble très bien construit et donne matière à réflexion !
    Cela m’attriste de me dire que tu as encore été victime de ce harcèlement des rues banalisé et donc légitimé. Reste à espérer que grâce, entre autres, à ce genre de livres la parole se libère réellement et que les choses évoluent dans le bon sens.

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  2. Comme toi, j’ai lu beaucoup de planches du premier volume à travers des sites internet qui en parlaient, en montrant des extraits. Je trouve que ce type d’initiative est effectivement d’utilité publique, beaucoup de gens (hommes comme femmes) ne s’en rendent pas compte. Personnellement, j’ai toujours des écouteurs sur les oreilles quand je suis en ville ou le nez dans un bouquin, je me crispe quand quelqu’un que je ne connais pas m’approche et je n’ai pas vécu d’évènement en soi traumatisant. C’est juste un conditionnement à force de se faire interpeller, juger, etc. et c’est triste de devoir vivre ça encore à notre époque…
    Bref, belle chronique et tu as raison de ne pas souscrire à la loi du silence !

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