BRIC A BRAC, Tea Time Talk

| TEA TIME TALK | Discussion autour de « The Haunting of Bly Manor »


Il n’y a pas si longtemps, je t’ai proposé une réflexion sur Le Voyage de Chihiro, tu peux la retrouver en cliquant ici. Je t’avais demandé si d’autres articles du genre te plairaient, c’est donc avec une joie immense que je t’invite aujourd’hui à te perdre avec moi dans les méandres de The Haunting of Bly Manor, la récente sortie Netflix qui m’a retourné le coeur.

spoilers

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Après le décès tragique de la jeune fille au pair qui s’occupait des orphelins Wingrave, leur oncle Henry engage Dani Clayton comme nouvelle gouvernante. Les enfants, Flora et Miles, vivent à Bly avec la concierge, Hannah Grose, le cuisinier, Owen et la jardinière, Jamie. Ils ont perdu leurs parents deux ans plus tôt…

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(Tu peux descendre à la section suivante si la série est encore fraîche dans ta mémoire. Ici, je fais un détail des éléments qui nous sont introduits sur chaque personnage dans les premiers épisodes. Il n’y a donc pas d’analyse à proprement parler.)

La série débute avec le discours d’un homme à l’accent british lors d’une cérémonie de mariage. Très vite, une invitée commence la narration d’une ‘ghost story’ : celle de Dani Clayton qui débarque à Bly, engagée comme fille au pair.

On comprend que cette dernière fuit clairement son passé, même si elle prétend le contraire à sa mère lorsqu’elle lui parle au téléphone. Lors de sa discussion avec Henry Wingrave, elle explique très bien connaître ‘le deuil’, il est donc assez évident de saisir qu’elle a perdu quelqu’un de proche. Le plus troublant reste qu’elle voit régulièrement une silhouette sombre, les yeux illuminés, apparaître dans les reflets des miroirs, des vitres…

À son arrivée à Bly, elle rencontre le cuisinier : Owen. Ce dernier a vécu quelque temps à Paris où il a appris la cuisine mais il est rentré chez lui pour s’occuper de sa mère, atteinte d’Alzheimer. Le poste de cuisinier à Bly lui permet de rester proche d’elle. Elle rencontre ensuite Flora, qui a alors sept ans et Miles, qui en a neuf. Des deux enfants, c’est ce dernier qui s’avère le plus intriguant à mon sens. Bien que la collection de poupées flippantes de Flora et son espèce de fixette sur le lac du domaine soient étranges, c’est surtout le comportement de Miles qui est déroutant. Il agit de manière totalement contradictoire d’une seconde à l’autre, surtout en présence des femmes… Hannah Grose, la gérante du manoir, reste plutôt énigmatique. Il faut plusieurs épisodes avant de pouvoir la cerner. Tout comme Jamie, la jardinière, qui paraît distante au premier abord.

Après un certain temps, Rebecca, l’ancienne au pair, est introduite dans ce joyeux schmilblick. C’est une femme très ambitieuse et fichtrement rusée. Cette ambition attire fortement Peter Quint, l’associé d’Henry. On comprend vite qu’ils ont entretenu une relation et que celle-ci n’était pas vraiment bien perçue par les autres occupants de Bly. Apparemment, Rebecca se serait suicidée après le départ de Peter, qui aurait vidé une partie des comptes des Wingrave avant de se faire la malle.

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The Haunting of Bly Manor m’a anéantie. Littéralement. Il m’aura fallu plus d’une semaine pour m’en remettre. Elle a fait écho à tellement d’éléments de ma vie, passés ou présents… Il faut avoir conscience qu’elle est radicalement différente de The Haunting of Hill House. Leur différence ne réside pas spécialement dans le fait qu’elles ne sont pas une suite l’une de l’autre, et donc possède chacune leur propre histoire, mais carrément dans leurs codes.

Hill House, à mon sens, était construite de manière plus conventionnelle. Je suis loin d’être une experte, mais je pense pouvoir affirmer sans trop me tromper qu’elle correspond à ce qu’un spectateur attendrait d’une série d’horreur. Avec Bly Manor, on est loin du compte. Elle ne correspond en quasiment rien à une œuvre horrifique. L’aspect surnaturel traditionnel est presque absent, très peu de build-up qui amènent à un sentiment oppressant de terreur… Si tu t’attendais à voir une chiée de poltergeists, c’est raté. Bly Manor est un véritable challenge visuel, un labyrinthe à travers le temps et les différents points de vue. Mais surtout, il demande au spectateur de remettre en question sa vision de l’horreur.

The Haunting of Bly Manor immortalise ‘l’horreur’ de façon inattendue.

Cette nouvelle saison ne puise pas son sentiment de peur dans le gore, le paranormal ou même la mort. Chaque épisode illustre l’horreur qui vient avec la réalité humaine : la perte de l’autre mais aussi de soi-même, la peur de la mort mais aussi de la vie

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Je n’ai aucun souvenir d’où j’ai entendu cette citation, mais je la trouve terriblement indiquée pour cette série et cette section. Le manoir de Bly n’était pas hanté par des fantômes, mais par des souvenirs. Ces souvenirs hantent les morts comme les vivants.

Cela commence par Dani, qui est littéralement poursuivie par son ex-fiancé Edmund, mais surtout par sa culpabilité. Dans l’épisode 5, elle explique à Jamie les circonstances de sa mort : elle venait de lui avouer ne plus vouloir se marier avec et même souhaiter rompre. Fou de colère, il avait quitté la voiture pour se manger un camion de face deux secondes plus tard. Pour le coup, je comprends le sentiment qui ronge Dani. Elle a perdu son meilleur ami cette nuit-là et en garde le souvenir d’un homme blessé, anéanti par sa faute. Ce souvenir la poursuit, l’empêche de vivre : elle change de continent, ne peut espérer se rapprocher de Jamie car l’ombre d’Edmund plane constamment. Jusqu’à ce qu’elle parvienne à en parler et surtout à accepter

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Chaque personnage s’avèrera hanté d’une quelconque façon. Par des regrets, des choses inachevées, des paroles jamais prononcées, par de la culpabilité, de la tristesse. Ce qui me fascine, c’est de voir de quelle façon cette thématique a été ré-utilisée par Flanagan.

Bly Manor ne conte pas la perte de proches, mais plutôt la perte du souvenir que l’on avait d’eux. C’est littéralement le pourquoi du comment de l’évolution de Viola, la dame du lac. Son souvenir a été bafoué, ignoré, et avec cela, son identité aussi. D’où les visages effacés… Toutes les histoires des gens ayant vécu à Bly ont été peu à peu oubliées. Jamie ne laisse pas ça arriver à Dani, c’est pourquoi elle raconte son (leur) histoire, pour que le sacrifice de Dani continue à faire sens.

Le parallèle avec la démence, évoquée avec la mère d’Owen, est particulièrement astucieux. Tu le sais peut-être si tu me lis depuis un moment, mais c’est un sujet qui me touche particulièrement. D’office, ça allait parler à mon petit coeur. Inutile de dire que le speech d’Owen lorsqu’il perd sa mère m’a absolument vrillé le coeur, mais là n’est pas le sujet. Non, la mention d’Alzheimer appuie justement l’importance de ce thème qu’est la notion de mémoire. La quasi-totalité des personnages est hantée par des souvenirs, ils craignent des éléments de leur passé. Puis, à côté de ça, il y a la peur de ne plus avoir de souvenir du tout… Les histoires des défunts de Bly sont peu à peu oubliées, mais qu’en est-il d’oublier sa propre histoire tout en étant encore vivant ? Cela rejoint ce que j’ébauchais dans la section précédente… L’horreur qui naît de la vie quotidienne prend tout son sens à Bly.

Le sort de Dani me paraît semblable à quelqu’un qui vit avec une maladie. Lorsqu’elle se sacrifie pour sauver Flora, elle sait que son temps est compté et que la menace de Viola plane sur elle. À mon sens, cela fait écho à qui vit avec le poids d’une maladie, qu’elle soit physique ou non. Alzheimer, à nouveau, fait particulièrement sens dans ce contexte, tant elle est dévastatrice pour la personne atteinte mais aussi ses proches. Dani perd peu à peu de son essence, de ce qui fait d’elle Dani et c’est exactement ce que la démence fait. À partir de là, Dani n’existe plus qu’à travers l’amour et les paroles de Jamie

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« You said it was a ghost story. It isn’t. »
« No? »
« It’s a love story. »
« Same thing, really. »

Certainement la citation la plus retenue de la saison entière. Mais je ne suis pas d’accord avec celle-ci, enfin, pas entièrement. Beaucoup de personnes estiment que Bly Manor conte l’histoire d’amour de Dani et Jamie, mais également celle d’Hannah et Owen, ou encore Rebecca et Peter. Ils se trompent. Bly Manor n’est pas seulement une ode à l’amour romantique, mais à l’amour sous toutes ses formes. De la plus platonique à la plus passionnelle. De l’amour maternel à l’amour fraternel. Je m’explique.

Tout débute avec Viola, la dame du lac. Déjà avec celle-ci, on peut dégager plusieurs façons dont l’amour influencera le déroulement de l’histoire. Le plus évident est celui qui la lie à sa soeur, Perdita. Puis son époux, dont j’ai oublié le nom parce que j’écris cette section bien trop longtemps après mon visionnage. Et enfin, l’amour qu’elle porte à sa fille. Si on les mélange tous, ça donne des chocapics, non, c’est faux, ça donne la raison d’exister de ce « puits gravitationnel » mentionné à la fin de la série. La jalousie que Viola expérimente suite à la relation naissante entre Perdita et son mari, la trahison qu’elle ressent lorsque sa soeur cherche à s’emparer du ‘trésor’ qu’elle souhait léguer à sa fille et enfin l’ultime déchirement qu’elle connaît lorsque ladite fille se débarrasse de la malle dans laquelle se trouve cet héritage.. tous ces sentiments naissent de l’amour qu’elle portait à son mari, sa soeur, sa fille. C’est cet amour reconduit en maintes désillusions qui façonnent, en partie, la dame du lac qui s’enjaille à chopper des gens pendant la nuit pour les noyer dans ledit lac. Fun. Pourquoi dis-je ‘en partie’? Comme je l’explique dans la section supérieure, l’oubli qui accompagne le temps qui passe a un énorme rôle à jouer dans cette saison. Viola a été oubliée, ses volontés ignorées, son identité bafouée. L’un dans l’autre, tout ceci donne des chocapics, non, toujours pas, mais ce puits gravitationnel duquel ne peuvent échapper les défunts du manoir de Bly.

Par la suite, on retrouve moult autres histoires d’amour : les plus évidentes déjà mentionnées telles que celles entre Dani et Jamie, Hannah et Owen, Peter et Rebecca, mais également entre Charlotte et Dominic, entre Charlotte et Henry, entre Henry et son frère Dominic, entre Flora et Miles, entre Peter et lui-même (désolée, je hais ce type fallait que je la sorte), et j’en oublie sûrement pas mal. Ce qui me fascine dans cette multiplicité de représentations c’est qu’on a un panel tellement varié qu’il couvre pas mal de sortes de relations amoureuses. Je pense notamment à celle entre Peter et Rebecca, toxique au possible, celle qui n’a même pas eu le temps d’exister par peur entre Owen et Hannah, l’adultère pour le triangle Henry-Charlotte-Dominic…

Mais surtout la romance LGBTQ+ entre Dani et Jamie. Pourquoi je l’isole volontairement ? Parce que cette relation est terriblement saine et donne une critique intéressante de la représentation queer dans les séries. Je t’en avais déjà parlé dans mon article, qui commence à dater un peu d’ailleurs, sur Pourquoi je n’aime pas la romance? : j’ai un problème avec la représentation quasi-systématique de relations toxiques en littérature. Bon, le cinéma et les séries ne font pas vraiment exception au final donc mon blabla fait sens dans ce cas-ci également. ATTENTION, je ne dis pas qu’il n’y a QUE ça en littérature, mais que cela reste un phénomène trop courant à mon sens. Puis d’ailleurs Bly Manor vient chambouler tout ça en te pondant une belle romance saine au possible, crédible même si prévisible, qui fait du bien mais qui te brise quand même le coeur. Comme quoi, y a pas besoin de toxicité pour accrocher son audience ! À aucun moment, l’une ou l’autre ne joue un jeu malsain, ne fait preuve d’une possessivité déplacée, ne cherche à contrôler l’autre. Elles vivent des trucs moches mais leur couple reste bienveillant jusqu’au bout, elles communiquent, elles partagent, elles se montrent empathiques et compréhensives. Puis surtout, elles cherchent sans cesse à se stimuler positivement, tout en reconnaissant et accueillant les moments de faiblesse de l’autre, sans chercher à se forcer dans une direction déterminée. Juste. Waw. Bordel. Waw. Être témoin d’une si belle représentation, surtout pour un couple gay, c’est du jamais-vu, c’était un régal et la femme queer que je suis était comblée.

People do, don’t they? Mix up love and possession. I don’t think that should be possible. I mean, they’re opposites, really. Love and ownership.
– Dani Clayton

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Au début du paragraphe ci-dessus, je mentionne une certaine critique à l’égard des couples LGBTQ+ dans les séries. Il existe un phénomène dans l’univers des médias que l’on nomme : Bury You Gays. Si tu speak l’English je t’invite à cliquer sur cet article ici, qui t’expliquera le pourquoi du comment. Si tu es monolingue ou juste un énorme flemmard (tmtc), je te résume l’affaire en deux et deux bien que ça mériterait un article entier là-dessus : à l’origine c’était pour référer à cette tendance qui pue de, dans une oeuvre de fiction, systématiquement tuer un des partenaires dans un couple queer et faire tomber le partenaire restant dans les bras d’une autre personne du sexe opposé, en mode « oups finalement j’étais bien hétéro, lol, the end ». Ça pue du cul. Maintenant, cela brasse au sens large n’importe quelle utilisation hasardeuse de représentations LGBTQ+ où, à la fin, le personnage va soit mourir, soit devenir fou, soit les deux. Tout ça pour des raisons fumeuses de l’acabit « gnegne on s’est montrés inclusifs regardez un couple gay, par contre ça fait moins d’audience qu’un couple hétéro donc on le zigouille et du coup l’audience remontra en flèche parce que c’est trop dramatique » ou encore mieux, quand dégager la représentation queer n’a pour but que de servir la story-line d’autres personnages cis-hétéro. C’est beaucoup beaucoup plus complexe que ça et mériterait un article Tea Time Talk complet sur le sujet, du coup, si ça t’intéresse dis-moi ça dans les commentaires. BREF. Du coup, le couple Dani-Jamie n’échappe pas à ce joyeux bordel : Dani virant tarée ET morte. Pas ouf. Est-ce que Bly Manor s’ajoute à la longue liste de séries qui tombent dans le terrible Bury Your Gays ? Je ne pense pas. Au final, Dani et Jamie ont eu la plus belle histoire d’amour parmi tous les personnages. Je le perçois même comme une revanche sur le Bury You Gays, où ici, Dani échappe au fantôme de sa relation avec Edmund, l’homme qu’elle n’a jamais pu vraiment aimer, pour enfin s’autoriser le véritable amour avec Jamie. Je le perçois davantage comme une inéluctable vérité. Toute histoire d’amour est vouée à s’achever, c’est ce que Flanagan, le réalisateur, ne cesse de montrer. En tombant amoureux, on accepte l’idée de perdre cette personne à un moment donné. C’était écrit dès le départ. Dani n’a pas été tuée de façon totalement gratuite et irrespectueuse, au contraire. Et Jamie reste présente, comme je l’indiquais encore dans la section précédente, pour partager son histoire. Dani ne disparaît jamais vraiment.

To truly love another person is to accept that the work of loving them is worth the pain of losing them.

Au final, en réutilisant, dans le contexte gothique de Bly Manor, cette mécanique problématique qu’est le Bury Your Gays, Flannagan la démonte totalement à mon sens. En tant que femme pansexuelle, j’ai trouvé ça ingénieux et surtout, ça m’a fait du bien. Je suis tout à fait capable d’entendre que d’autres personnes ne partagent pas mon opinion, bien évidemment. Je ne suis pas la porte-parole de la communauté LGBTQ+, on serait bien dans la merde sinon, t’imagines le délire.

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Hannah Grose mérite totalement une section à elle toute seule. Ce personnage, les enfants… Un régal pour le cerveau. Si tu lis cet article en ayant regardé la série (ce que je te conseillais vivement, vu que ce n’est que spoilers et chaos), tu te rappelles sans doute de ce labyrinthe prodigieux qu’est l’épisode cinq. L’entièreté de son build-in est captivant, moult indices sont dissimulés tout du long pour le plaisir de nos joyeux esprits (no pun intended, esprits, ghost-story, lol, promis j’ai pas fait exprès). Je n’en ai noté que quelques-uns qui me semblaient importants mais, honnêtement, il y en a bien d’autres, dont certains que je n’ai peut-être même pas relevés du tout !

Constatons déjà qu’il y a une quantité phénoménale de références au fait de ‘vivre’ dans les dialogues échangés. D’ailleurs, ce n’est pas quelque chose de propre à l’épisode cinq, certaines piques sont échangées avant.

Any of us could die at any moment […]
– Owen à Hannah

[…] Eat croissants, drink good wine, … live.
– Owen à Hannah

Live a little.
– Peter à Hannah

Notons également le passage où Charlotte, la mère de Miles et Flora, propose à Hannah de rester à Bly ‘forever’ si elle le désire. Quelle drôle de coïncidence, vu que c’est exactement ce qu’il va se passer ! Sans oublier certaines phrases d’une ironie morbide

Do you want to die a horrible, choking death ?
– Hannah à Peter

[…] You’ll break your bloody skulls !
– Hannah à Miles et Flora

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L’épisode cinq est un agencement sans fin d’indices du subconscient d’Hannah. C’est un périple tortueux au sein de sa psyché qui tente de lui faire prendre conscience de sa mort. Cela se présente très vite dans la série avec Hannah qui semble voir une fissure apparaître sur des murs de façon totalement random : celle qu’elle voit sur le mur du puits juste avant son décès. Il y a également les derniers mots que prononce Miles/Peter avant de la balancer par dessus bord : « Honestly Hannah« . À chaque fois que ces paroles sont répétées, cela renvoie Hannah à une nouvelle réalisation.

La plupart des morts à Bly comprennent assez vite leur condition, mais Hannah est une totale exception. La puissance de son déni vient des circonstances de son décès… En effet, il a été causé par Miles, alors possédé par Peter. Dans son esprit (toujours no pun intended), il est inconcevable que Miles commette une chose pareille. Le spectateur peut prendre conscience de l’ampleur de son déni lorsqu’elle cherche à se justifier auprès d’Owen en qualifiant Miles de « good boy » qui « would never hurt her », tout en admettant qu’il n’a plus vraiment été lui-même ces derniers temps.

Pourquoi chaque throwback la ramène à cette scène avec Owen dans les cuisines de Bly ? On peut sans difficulté imaginer qu’Owen représente quelque chose de rassurant pour Hannah. Ici, leur toute première rencontre n’est pas un événement anodin, c’est même quelque chose de particulièrement impactant dans la vie d’Hannah. Si même la mort ne l’empêche de continuer à vivre son quotidien à Bly, c’est parce que la demeure et la famille Wingrave sont vraiment importants pour elle. C’est son chez elle, elle y est heureuse. Mais quelque part, Owen est aussi son chez elle…

I prefer it here, this one, this day, with you … I loved you Owen. I should have told you. What a life we could have had.
– Hannah à Owen

Un dernier point que je souhaitais aborder est celui des bougies. Hannah en allume toujours quatre et si on se réfère à ce qu’elle en dit : il s’agit d’une marque de respect pour les défunts. Si les trois premières ne sont pas vraiment difficile à deviner (Charlotte, Dominic et Rebecca), à qui est destinée la dernière ? On se rappellera alors des paroles de Charlotte, après qu’Hannah ait appris l’infidélité de son mari, qui avait allumé une bougie pour l’occasion… Je pense que la dernière bougie est pour elle-même. Et plus précisément le deuil de la vie qu’elle aurait pu avoir avec Owen. C’est bon maintenant, tu as le coeur brisé toi aussi ?

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Je pense que j’ai abordé tout ce que je voulais. Bon sang, j’aurai mis des semaines à finaliser cet article. Initialement prévu pour octobre, je n’étais alors pas dans la disposition mentale pour l’écrire comme je le voulais. Techniquement, je ne le suis toujours pas, mais l’inspiration m’est revenue. Tellement que j’en ai oublié mon riz à sushis sur le feu et que j’ai manqué de flamber ma baraque. Oups ?

Pour achever cet article, je tenais également à te partager un petit truc… Tu le sais peut-être, mais j’ai repris en main ma chaîne Youtube, sur laquelle je poste mes covers au piano. Après avoir achevé The Haunting of Bly Manor, je me devais d’essayer de travailler sur sa bande-originale. The Newton Brothers ont fait un travail titanesque sur les compositions, elles sont exquises. Donc voici mon piètre essai pour leur rendre hommage, à l’oreille, avec une qualité sonore douteuse :

J’espère vraiment que mon charabia t’aura plu, j’ai vraiment pris mon pied en analysant cette série et en te proposant cet article. Je pense qu’il est le plus long jamais écrit sur le blog. En tout cas il a été le plus chronophage et demandeur en énergie, mais ça en valait carrément la peine, j’en suis pas peu fière. Si tu veux discuter en commentaires, fais-toi plaiz’, petit monstre !

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9 réflexions au sujet de “| TEA TIME TALK | Discussion autour de « The Haunting of Bly Manor »”

  1. Hello ! Chouette article !
    D’autant que je suis d’accord avec toi avec beaucoup voire tout ce que tu dis. C’est justement ce que j’aime bien avec la série The Haunting en général, c’est que le réalisateur ne cherche pas à montrer une série avec pleins de screamers, mais plutôt de montrer ce qui peut lourdement peser dans la vie des gens et leur façon de vivre. Je me rappelle justement d’une phrase tirée d’une de ces interviews suite à la sortie de Bly Manor, qui disait un truc du genre que ce qu’il voulait raconter, c’est les « ghosts of the past » et c’est clairement ça. (Je viens de retrouver le passage : « A ghost is simply an element of the past that refuses to live in the past and instead just encroaches upon the present that it alters the present. It changes the trajectory of the person who’s experiencing that little piece of the past… That link between memory and ghosts and between ghosts and the past, that is the lifeblood of the show. »). Et c’est clairement ce qu’il ressort de cette série et que j’aime particulièrement. C’est clairement une série (pour les deux saisons, pour des raisons différentes ou non selon) qui m’a fait verser des larmes plus d’une fois par ce qu’il s’y déroulait, par ce que vivent ou expérimentent les personnages. Une de mes séries favorites depuis que je l’ai découverte, justement grâce au traitement et au parti pris, qui changent de la majorité des films mainstreams d’horreur américains, qui bien qu’ils peuvent être divertissants, ont très souvent beaucoup moins d’intérêts en terme de construction psychologique, de personnages et d’histoire selon moi.

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    1. Ton commentaire s’achève sur quelque chose de tout à fait intéressant. J’ai hésite à l’introduire dans cet article mais je trouve que The Haunting (les deux saisons, mais surtout Bly) confronte le spectateur à quelque chose devenu inhabituel. On retrouve une dimension presque « fast-food » dans la consommation de films/séries de nos jours, alors que the Haunting demande plus d’investissement au spectateur, c’est plus challenging comme visionnage de part cette construction psychologique/cinématographique/ect, comme tu le soulignes si bien ! Merci pour ton commentaire !

      Aimé par 1 personne

  2. Merci pour ton article, tout simplement. Je n’ai vu Bly Manor qu’une fois, je l’ai beaucoup moins aimé au premier abord que Hill House, mais je ne me fie pas à ce premier jugement. Comme pour la saison 1, je sais qu’un autre visionnage est nécessaire pour juger entièrement de la série et la ressentir. Et qu’un troisième visionnage peut apporter encore de nouvelles choses. Mais Bly Manor touche à des choses douloureuses dans nos vies, le deuil, l’oubli, l’amour, ces thèmes dont tu parles avec brio et de manière poussée ici. Ça me remet la série en tête, ça m’aide à mieux la comprendre. J’ai été très touchée par l’histoire de Dani et Jamie (comme toi, je suis pan, et je suis en couple avec une fille) qui me paraît merveilleusement représentée, oui, totalement saine par rapport à d’autres amours, et qui quelque part représente l’amour qu’on rêve de vivre avec quelqu’un, même si cela doit s’achever d’une manière tragique dans leur cas. La façon dont tu en parles avec cette maladie / le fantôme planant sur Dani est très touchante. Je ne sais pas si leur historie est une revanche sur le trope Bury Your gays, mais je la trouve authentique, réaliste, prévisible peut-être, mais juste parfaite. Je suis aussi fascinée par Hannah et sa manière à nier sa mort, à se raccrocher à ce qui lui rappelle les souvenirs heureux, jusqu’à ce qu’elle soit capable d’affronter la vérité. C’est une formidable métaphore du déni, un déni qu’on a tous ressenti à un moment ou à un autre. Ses scènes en boucle me rappellent aussi les rêves qu’on peut faire sur des situations qu’on n’a jamais pu régler, où on joue et rejoue la même scène en espérant que cela se termine différemment. Quant à l’oubli, la perte du souvenir, c’est effectivement une thématique majeure. Le fait que Viola soit oubliée de cette manière au point de perdre son identité, de tourner en boucle sans pouvoir trouver la paix, est quelque chose de terrifiant et de terriblement triste dans la série. C’est un sort horrible, et on comprend comment cela peut se transformer en colère, haine, au point de créer le point de gravité de Bly Manor.
    Je m’arrête là dans mon pavé, mais j’ai vraiment adoré lire ton article, je l’aurais en tête quand je reverrai enfin la série pour mieux l’apprécier, j’en suis sûre. C’est une superbe analyse dont tu peux être fière ! Et le morceau au piano est lui aussi, très réussi je trouve !

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    1. J’ai adoré lire ton commentaire ! Merci beaucoup d’avoir pris le temps de l’écrire. Ce que tu dis concernant Hannah me fait réaliser un truc également : on connait en général les fameuses phases par lesquelles on passe lorsqu’on traverse un deuil (déni, colère, ect) et au final on dirait presque que ce ‘voyage’ est ici appliqué à la personne qui est morte. Elle-même expérimente les différentes phases du deuil, c’est tout bête mais c’est en lisant ton commentaire que je viens de le réaliser aha !

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  3. Rah, depuis le temps que j’attends de prendre le temps de lire cet article !
    Je trouve ta citation sur les lieux et les gens hantés particulièrement juste : j’espère m’en rappeler !
    Je ne sais même pas sur quoi rebondir tant tout est pertinent et juste. Tu me fais découvrir l’appelation « Bury your Gays », mais c’est vrai qu’on se retrouve très fréquemment face à cette situation quand on y réfléchit deux secondes,ce qui est particulièrement énervant… En tout cas, comme toi, j’ai adoré le couple Dani-Jamie. Et ce que tu dis sur Hannah… ça m’a serré le coeur à nouveau.
    Je trouve vraiment cette série fantastique. J’avais adoré Hill House, mais là, je crois que c’est encore un cran au-dessus. J’adore leur originalité, leur façon de faire écho à des choses très réelles, l’investissement qui est demandé, le choix de cet épisode en noir et blanc et celui sur Hannah tout déconstruit à première vue mais en fait non.
    Bref, superbe série, superbe article ! Merci pour ton investissement dans sa rédaction !

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